Bloguer n’est pas jouer-Le quotidien du pharmacien Lundi 30 août 2007

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Des pharmaciens découvrent les charmes de la blogosphère.


Des millions de bloqueurs dans le monde échangent conseils, informations, commentaires. Le développement de ce nouveau mode de communication, apparu en France début 2006, n'a pas échappé aux professionnels de santé. Les pharmaciens se lancent à leur tour dans l'aventure, avec un succès certain, et découvrent les vertus cathartiques, ludiques ou pédagogiques de ce nouvel espace relationnel.



BLOGOSPHÈRE ? C'est le terme désignant l'ensemble des blogs. Blog ? L'aphérèse de Web log, un site qui se démarque par sa facilité de publication et ses possibilités d'interaction entre inter nautes. Il prend différentes formes. D'abord, le blog d'accès libre sur lequel tous les inter- nautes peuvent interagir, et le blog privé, accessible uniquement aux membres par le biais d'identifiants. C'est l'option choisie par Eric Gendrin, pharmacien breton de 26 ans qui a créé Pharmaweb*.

Il s'agit avant tout d'un « groupe de discussion », créé à la fin de ses études pour « garder le contact » avec ses futurs confrères. « Le blog n'est pas très actif ces derniers temps, nous sommes tous occupés, mais nous continuons à nous en servir, ne serait-ce que pour les adresses mails constamment mises à jour ». Eric Gendrin avait déjà créé un groupe de discussion après le lycée, toujours dans l'idée de préserver des liens. « Cela a bien fonctionné, j'ai eu envie de faire de même avec mes cama- rades de pharma. Toutes les spécialités sont représentées, ce qui permet d'échanger entre officinaux, hospitaliers et industriels. Cela m'apporte des réponses que je n'aurais pu trouver seul et nous permet à tous de grouper des projets », raconte Eric Gendrin. Le blog peut aussi prendre la tonne d'un carnet de voyage, d'un journal intime. C'est le choix d'une jeune femme qui se présente sous le nom d'Eosine**. Elle préserve son anonymat et celui de toutes les personnes dont elle parle sur son blog. Pour Gilles Klein, rédacteur en chef de Pointblog.com -qui a notamment œuvré à « Libération », Sipa Press, « Elle », et qui se passionne pour la toile depuis 1994 -il s'agit d'un « blog avec une chronique au ton très personnel, où vies privée et professionnelle sont évoquées ». Cet es- pace semble vécu comme une catharsis par l'auteur, celle-ci faisant montre d'un talent d'écriture certain. Elle décrit ainsi son blog : « Ma petite vie de jeune femme et de pharmacien. Parler pour panser ses blessures... sinon il y a toujours l'éosine! »



Aider les étudiants. Pour Guylaine Drut-Grevoz***, l'objectif est pédagogique. Professeur à la faculté de pharmacie (chimie, homéopathie, phytothérapie, pharmacie galénique) et au centre de formation des préparateurs de Dijon, elle a créé, en septembre 2006, un lieu d'échange lui permettant de poster des images, des vidéos et autres documents plus difficilement exploitables en cours, illustrant des leçons de chimie, des préparations homéopathiques, la fabrication d'un comprimé effervescent. Ses élèves peuvent y poser des questions.« L'objectif est de les aider. Dès que je sens qu'ils n'ont pas bien visualisé un cours, je cherche un moyen pour être plus claire. Je poste des puzzles et des mots croisés pour les faire réviser; certains m'ont dit que ces jeux déménageaient sérieusement les neurones », s'amuse-t-elle...

Les informations primordiales sont réservées aux cours, car tous les élèves n'ont pas Internet ou n'ont pas le réflexe de visiter ce blog. Ayant de la suite dans les idées, Guylaine Drut-Grevoz s'attache à mettre en ligne de la matière médicale en résumé, pour une utilisation officinale au quotidien. « Une étudiante m'a dit début juillet qu'elle avait eu une hésitation

Au comptoir sur un conseil en homéopathie. En deux secondes, elle a trouve l’information sur le blog et la patiente ne s'est rendue compte de rien. Du coup, mes étudiants parlent de mon blog avec leur équipe officinale ». Ce n'est pas un hasard si le nombre de visiteurs vient de dépasser les 45 000.

« J'ai des collègues et des élèves qui viennent me demander conseil pour créer leur blog », sourit Guylaine Drut-Grevoz. Et même des inconnus. Des professeurs ont contacté la passionnée pour la féliciter de ce blog et partager leur envie d'offrir un équivalent à leurs élèves. « Avant le lancement, j'y ai travaillé 15 jours à temps plein parce que je voulais qu'il ne ressemble à aucun autre parce que j'y ai inséré un fond animé, une pendule, un compteur. Aujourd'hui, j'y passe une centaine d'heures par mois, parce que j'insère des photos et des vidéos que je traite en amont. Pour le texte, l'intégration prend moins de trois minutes. »



Ampleur nationale. L'enseignante n'a pas le temps de faire tout ce qu'elle souhaiterait, alors pas question d'ouvrir un autre blog. « J'ai eu un espace personnel auquel mes amis avait accès, je l'ai laissé à l'abandon. » Car il est possible de ne plus alimenter un blog. Si l'hébergeur propose un service gratuit, le blog restera actif, si le service est payant, le blog disparait quand son titulaire cesse de payer. Ce n'est pas le cas du très actif blog des Pharmaciens en colère****, créé en janvier 2007 par Frédéric Abécassis, président de la chambre syndicale des pharmaciens de l'Hérault. « Nous voulions intervenir sur les blogs et sites des candidats aux élections présidentielles, on a pensé qu'il était finalement plus simple de créer notre blog ». Le succès a été immédiat. Les 30000 visites ont été dépassées pendant la campagne électorale avec plus de 1 000 connexions par jour en période de pointe. Aujourd'hui les 55 000 sont atteintes, avec une moyenne de 500 connexions par jour, 160 en période creuse. « Nous avons obtenu des réponses des principaux candidats et même des engagements écrits. Ce blog nous a permis de les interpeller, de rencontrer certains d'entre eux, de les intéresser à la pharmacie et surtout de mobiliser les pharmaciens », rappelle Frédéric Abécassis.

Souscriptions spontanées. C'est là le plus étonnant. Ce qui devait être un blog à vocation régionale a pris une ampleur nationale. Ils seraient entre 7 000 et 10 000 pharmaciens à avoir posté des commentaires. « Nous essayons de regrouper tous les pharmaciens, syndiqués ou non. C'est devenu un outil de communication entre professionnels et de lobbying en direction de ceux qui nous gouvernent. Les présidentielles sont passées mais le blog continue. Nous comptons bien intervenir sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (Plfss). L'avantage du blog est aussi de pouvoir soumettre une idée aux internautes. » Ce fonctionnement semble plaire puisque des souscriptions spontanées arrivent sur le bureau de Frédéric Abécassis. Jusque-là financé par le syndicat héraultais (15000 euros), le blog se détache de son géniteur pour représenter le plus grand nombre. « Nous n'avons lancé aucune souscription mais avons reçu une trentaine de chèques. Nous avons même reçu 400 euros d'un pharmacien que nous ne connaissons pas. Je n'ai rien encaissé, je le ferai lorsque nous aurons lancé la nouvelle version du blog, d'ici peu, pour que les souscripteurs puissent voir à quoi sert leur argent. Cette mouture sera plus interactive et un espace réservé aux pharmaciens est prévue». Les pharmaciens en colère bénéficient de l'appui des grossistes-ré- partiteurs en tenues de communication et ils n'excluent pas d’intégrer des modules orientés vers la pratique quotidienne. « Nous sommes partie prenante pour une expérience de dépistage de l'insuffisance respiratoire à l'officine, qui commence à la rentrée dans l'Hérault. S'il y a un intérêt, nous la proposerons au niveau national via le blog. Nous avons aussi contacté des mutuelles pour faire savoir que nous étions prêts à tester en avant-première la consultation officinale. »

Pour Gilles Klein, le titre du blog donne l'impression que tous les pharmaciens sont en colère ou que le blog ne donne la parole qu'à des mécontents. « Ce blog est un bon exemple de groupement local, contestataire ou critique, qui finit par avoir un écho dans tout le pays. Un petit blog peut devenir le lieu d'expression d'un certain nombre de pharmaciens inquiets. L'acheteur d'un ordinateur Dell qui avait pris l'option support technique à domicile, mais qui n'a bénéficié que d'une hotline longue distance, s'en est pris à Dell dans un billet. Cela a provoqué des émules chez de nombreux internautes, c'est arrivé jusque sur la chaîne CNN et Dell a fini par inviter ce client pour régler son problème. Quand une personne exprime une opinion qui correspond à celle de beaucoup d'autres, des liens se créent, l'information circule très rapidement et devient un phénomène. C'est ce qu'on appelle l'effet viral. Un pharmacien qui parle très bien de son métier, d'un problème de toute sa profession, peut devenir une vedette des médias ou le porte-parole des pharmaciens ».

Loin de l'idée de se faire l'interprète de ses confrères, Sylvain Bertrand a voulu répondre aux questions récurrentes auxquelles il est confronté. Créé en 1999, le site www.soigner.org devient blog en 2007. « J'alimente avec différentes sources : la presse professionnelle, les alertes de l'Afssaps, les documents de l'Ordre des pharmaciens, les cours de faculté, les informations de la Sécurité sociale, des laboratoires. J'ai beaucoup d'idées mais je me limite : j'ai avant tout une pharmacie à gérer. » Autodidacte, Sylvain Bertrand a formé toute son équipe à l'utilisation d'Internet. « Notre métier est fermé et nous manquons d'information. Avec ce blog, on peut échanger sur la pharmacie, les salaires, les préparations et profiter des expériences des uns et des autres. J'essaie d'avoir un volet grand public et un volet professionnel ».



Seul aux commandes de son blog, l'officinal ne sait combien de temps il y consacre. « Il faut être motivé, savoir ce qu'on veut faire de son blog et s'attacher à la véracité de ce qu'on avance. Dans notre métier, on ne peut faire tout et n'importe quoi. Et dans la mesure du possible, mieux vaut éviter la 'pub" pour garder un œil objectif »



Des métiers complémentaires. Le principe est le même pour Francis Liaigre, préparateur en Haute-Savoie, à l'initiative du site Pharméchange*****. « La grosse lacune dans notre métier, c'est la communication interne. Au fil du temps, des pharmaciens et préparateurs m'ont rejoint sur ce site, ce qui a permis un véritable partage des compétences, d'informations et de formations. C'est pourquoi le site s'est principalement développé autour de son forum, mais il y a aussi les dossiers (articles de fond sur des sujets comme la convention collective, les formations, le métier de préparateur, de pharmacien, les salaires, etc.) et d'autres onglets pratiques comme les Annuaires. » C'est ce qu'avait noté Gilles Klein au bout de quelques clics: « Le forum est la force du site. »

L'initiative a pris suffisamment d'ampleur pour que naisse une association, du nom d'Aspharcom (ASsociation PHarmaceutique pour la COMmunication), en novembre 2004; Est alors apparu le blog d'Aspharcom. Aujourd'hui, Francis Liaigre met ses services à disposition de tous et aide à la création de blogs et autres sites. « Grâce à toutes ces initiatives, je rencontre des gens que je n'aurais sans doute jamais vu sans cela. Et je casse ces habitudes d'amicales de préparateurs qui disent du mal des pharmaciens et inversement. Ce sont des métiers complémentaires, pas ennemis. Sur Pharméchange, les barrières tombent, la parole se libère, des situations se débloquent. »

La blogosphère vécue comme une catharsis pour la plupart des pharmaciens, comme un acte fort de communication interne et externe, comme un lieu d'échange et de rencontres, et bien plus encore. La blogosphère est infinie, dont le centre est ici et la circonférence nulle part*******.

MÉLANIE MAZIÈRE . Le quotidien du pharmacien Lundi 30 août 2007





*fr.groupes.yahoo.com/group/pharmaweb

**eosine.over-blog.com

***www.curieuxdepharmacie.com

****www.pharmacienencolere.com

*****-www.pharmechange.com

******Citation détournée de Pascal : " Dieu est une sphère infinie, dont le centre est ici et la circonférence nulle part. »-



Interview Gilles KLEIN rédacteur en chef de Pointblog.com

En quoi un blog est-il différent d'un site classique ?


GILLES KLEIN. -Le site Web classique est une vitrine où l'interaction de l'internaute est limitée. Sa conception est lourde et demande des connaissances informatiques. Au contraire, le blog est avant tout une succession de textes classés par ordre chronologique qui peuvent être commentés. Nombre de plates-formes permettent de créer un blog en quelques minutes. C'est cette facilité d'utilisation et de création qui explique l'engouement pour les blogs, même si certains choisissent de créer leur mise en page.

Quel est l'intérêt de créer un blog pour un pharmacien?

Donner une image plus humaine de son métier, répondre aux questions le plus fréquemment posées, ou signaler des problématiques moins connues. Le pharmacien peut commenter ou expliquer son rôle, la problématique des génériques, évoquer son parcours professionnel, expliquer la longueur des études, la différence entre le médecin et le pharmacien, le caractère complémentaire de leur profession dans le parcours de santé, etc. C'est une occasion de dialogue qui peut prendre différentes formes.

Quels conseils donner à un pharmacien qui souhaite créer son blog ?

Il faut avoir envie de communiquer de manière régulière, sans tomber dans les détails sur sa vie privée : ne pas se disperser ou le faire de manière élégante. Chacun a son rythme, de l'anecdote quotidienne au billet élaboré une fois par semaine sur une thématique choisie à l'avance, en passant par des conseils pratiques liés à la saison (coups de soleil, vaccinations antigrippe), etc.

S'il parle de personnes, le pharmacien doit s'assurer qu'elles ne peuvent être reconnues. Il peut faire le choix de l'anonymat comme « Fabienne la pharmacienne* », qui est adjointe. Les employés doivent se poser la question de l'anonymat et savoir s'ils parlent ou non de leur blog à leur employeur. D'autant que l'univers pharmaceutique a ses spécificités, des contraintes publicitaires en matière de médicaments, une législation variant d'un pays à l'autre en terme de santé.

Il ne faut pas oublier les contraintes légales du métier et de l'univers du médicament. Il faut apprendre à ne pas surréagir à certains commentaires, répondre avec modération, éviter l'affrontement. On doit toujours répondre aux questions des internautes, sinon ils peuvent se sentir méprisés.














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