DPC triennal - Interview Jean Michel Refalo directeur Pharmaguideur

Écrit par Manager. Posté le Samedi 04 mars 2017 @ 15:31:58 par Boss

Liens Relatifs

logo_pharmaguideur.jpgM.REFALO votre société depuis de nombreuses années organise des formations sur différents thèmes en lien avec le DPC pour les équipes officinales mais aussi pour d’autres professions médicales et paramédicales. On parle de DPC triennal ce qui n’est pas clair pour la plupart de nos lecteurs, qu’en pensez-vous ?

Je pense, qu’effectivement, beaucoup n’y comprennent plus rien, sans parler de certains employeurs  que cela arrange de dire « 1 seul DPC tous les 3 ans… » Ceci est totalement faux !


Alors qu’en est-il effectivement ?

Les professionnels de santé ont désormais l’obligation d’un parcours de DPC triennal : 2017-2019.

Les principaux points de la réforme du DPC, outre ce parcours de DPC triennal :

Les programmes de DPC que l’on a connu depuis 2013 incluant une formation et une Evaluation des Pratiques Professionnelles, sont remplacés par des actions  « mono briques » selon 3 modalités possibles : soit formation, soit EPP,  soit gestion des risques.

Pour remplir son obligation de DPC triennal (le premier en 2017 – 2019), le professionnel de santé devra faire dans les 3 ans au moins 2 des 3 modalités ; mais il vaut mieux attendre de savoir ce que va en penser le nouveau ministre de la santé issu des élections nationales 2017…

La réforme du DPC prévoit aussi que des « Conseils Nationaux Professionnels » (toujours pas nommés) déterminent pour chaque profession des parcours de DPC recommandés, certains vont jusqu’à dire que seuls ces parcours de DPC recommandés permettraient de valider l’obligation triennale de DPC.  Ce n’est pas dans les textes actuels, mais pourraient le devenir après les élections, ou bien au contraire ces Conseils Nationaux Professionnels pourraient passer à la trappe…

Et en termes de contenu ?

Les orientations prioritaires du DPC 2016-2018, mises en place fin 2015, sont beaucoup plus restrictives que celles de 2013 : plus de DPC pour des formations en bureautique, en langues étrangères, en aromathérapie, en MAD (là c’est plus étonnant)… il y a un contrôle accru des formations  DPC depuis 2016. En 2017 des contrôles sur site par l’ANDPC sont prévus ! Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour les organismes sérieux. Nous avons  souffert en 2014 et 2015 de faux DPC qui donnaient une mauvaise image du dispositif et pillaient les budgets…

La nouveauté est donc que les thèmes ne sont plus forcément les mêmes : on peut  faire formation sur la Contraception, une EPP sur l’asthme et une gestion des risques sur les anticoagulants, mais il faudra voir comment ce sera possible en pratique, d’autant plus que pour les salariés les OPCA n’ont jamais voulu prendre en charge l’évaluation des pratiques

J’ai entendu parler de formations intégrées, de quoi s’agit-il ?

C’est ce qui était pratiqué avant la réforme, il est possible de continuer à faire des programmes de DPC « intégrés » avec 2 modalités : formation + EPP ; mais comme ces modalités ont évolué, et pourraient encore évoluer, je préfère pour le moment ne pas ajouter une complexité supplémentaire avec ces programmes de DPC « intégrés », sauf en ce qui concerne mon DPC e-learning sur  les objets de santé connectés en pharmacie.

L’instabilité qu’elle soit politique ou en terme d’instances met nos organismes en grande difficulté, nous avons une visibilité très faible. Nouvelles méthodes, nouvelles obligations, fermeture d’enveloppes de prise en charge. Imaginez que la caisse d’assurance maladie, dise au mois d’août quelle ne rembourse plus les soins jusqu’au 31 décembre parce qu’elle a épuisé son enveloppe annuelle…

Vous parlez de nouvelles obligations ?

Oui, les organismes ont chaque année de nouvelles obligations, de nouveaux outils, ce qui veut dire de nouvelles charges administratives, mais pas seulement pour les organismes.

Par exemple :  pour permettre le contrôle du DPC triennal, l’ANDPC va mettre en place à l’été 2017 sur www.mondpc.fr un « document de traçabilité » qui sera renseigné par le professionnel de santé lequel le transmettra ensuite à son Ordre, l’ARS ou son employeur suivant le cas. Ce dernier point semble compliqué pour les salariés, en effet ils n’ont pas de compte sur monDPC. J’ai même entendu certains dire que ce document de traçabilité serait accessible au public sur Internet, ce qui serait une révolution… mais rien de cela dans les textes, là encore attendons de connaitre le prochain ministre de la santé…

Vous organisez des formations pour plusieurs professions de santé, on parle de collaboration interprofessionnelle, comment cela se passe ?

L’enveloppe de DPC pluripro a été supprimée (de fait depuis avril 2016). Cela entraîne, de facto, la suppression du barème de prise en charge ANDPC « unifié ». Le résultat est que dans une même journée de DPC, certains professionnels de santé, ont un reste à charge plus ou moins important, en fonction du barème de prise en charge de leur profession : est-ce ainsi qu’on veut favoriser la collaboration interprofessionnelle ?

Donc les professionnels de santé ont trois ans pour faire, au moins deux actions de DPC ?

Oui, mais ceux qui vont vouloir les concentrer sur une seule année vont se rendre compte (en 2019 donc trop tard...) que c’est une charge bien plus lourde que l’ancien DPC annuel, et risquent « d’en être de leur poche » car leur budget DPC de la seule année 2019 pourrait ne pas être suffisant, le financement du DPC reste annuel, ne l’oublions pas !

Et puis, pendant ce temps-là, la profession pharmaceutique ne se forme plus, ne se prépare plus à faire face aux mutations qui sont devant elle. Quand elle s’en rendra compte il sera trop tard, mais on a souvent connu cela dans la profession : on ne veut pas voir arriver les problèmes, et quand ils sont là, on pleurniche…



Article  Précédent